La Chambre avalisera l’envoi de F-16 au Proche-Orient pour une troisième mission

25/06/2020, 10:55
F-16 gevechtspiloot in de cockpit
© VTM

La Chambre approuvera ce jeudi en séance plénière une proposition de résolution avalisant le déploiement de F-16 dans le cadre de l’opération internationale «Inhérent Resolve» (OIR) de lutte contre l’État islamique. Quatre chasseurs-bombardiers belges opéreront à partir du mois d’octobre et pour un an depuis la base aérienne d’al Azraq en Jordanie, aussi bien dans le ciel irakien que dans le nord-est de la Syrie.

Trois missions seront assignées aux F-16: la protection des troupes au sol – qui sera la plus importante -, la reconnaissance et des attaques ciblées contre Daesh (acronyme arabe de l’État islamique).

Nonante-cinq militaires accompagneront les avions en Jordanie et quatre autres officieront au Qatar, dans le centre de commandement américain.

Ce déploiement est le troisième du genre, après une participation en 2014-2015 et en 2016-2017. Malgré l’écroulement du «califat», Daesh a conservé sa capacité de nuisance, a expliqué l’état-major de la Défense devant les députés au début de ce mois. Il continue à mener des opérations terroristes et répand toujours sa propagande dans les prisons où se trouvent des milliers de ses combattants. Si la pression se relâche, l’organisation risque de «reprendre du poil de la bête», selon les mots d’un des officiers.

Pas de majorité francophone dans cette décision

La résolution est le fruit d’un compromis politique qui n’aura toutefois pas permis de convaincre suffisamment de partis francophones. Il n’y aura dès lors pas, pour la première fois, de majorité francophone derrière cet engagement militaire à l’étranger. En commission, le soutien a été acquis par un vote de la N-VA, du Vlaams Belang, du CD&V, de l’Open Vld et du MR tandis que les socialistes, les écologistes et le PTB ont voté contre, à l’exception de l’ancien ministre de la Défense André Flahaut (PS) qui s’est abstenu.

Comme en 2016, l’engagement au-dessus de la Syrie pose un problème juridique. L’opération en Irak s’appuie sur une demande du gouvernement irakien. En Syrie, en revanche, elle vient en appui des Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, mais elle n’est pas demandée par les autorités syriennes. Pour les opposants à la résolution, elle ne repose pas sur un mandat valable et n’est donc pas conforme au droit international.

Au-delà de l’aspect juridique, c’est la personnalité du président américain Donald Trump qui est mise en cause. La participation belge a été sollicitée par les États-Unis le 23 mai 2019, qui ont réitéré leur demande le 5 décembre et le 24 avril derniers. Or, les emportements et les volte-faces de M. Trump suscitent la méfiance des partis de gauche.

La résolution contient plusieurs balises, notamment en matière de transparence. Le parlement veut ainsi être mis au courant d’éventuelles victimes civiles. Les députés songent à une intervention de F-16 néerlandais en juin 2015 à Hawija (Irak) qui a provoqué la mort de 70 personnes, dont plusieurs civils. L’affaire passée sous silence à l’époque est venue sur le devant de la scène en octobre et il est apparu que le parlement de La Haye n’avait pas été correctement informé des événements.

La résolution évoque aussi le cas des «red card holders». Le parlement souhaite contrôler la tâche de ces officiers belges qui, depuis le Qatar, valideront chaque intervention belge en fonction de règles d’engagement définies par le gouvernement.

La Belgique est l’un des 27 membres de la coalition internationale rassemblée par Washington pour lutter contre Daesh. Elle fait même partie du groupe «central» constitué de 13 pays, ce qui lui donne un accès privilégié à certains renseignements. Une position qu’entendent conserver les partisans de la participation belge qui insistent sur l’importance de «maintenir la réputation de notre pays sur la scène internationale» et «en raison des intérêts de sécurité pour notre pays que procure cette participation au groupe restreint».

Belga