Ludivine Dedonder, ministre de la Défense, sur l’Afghanistan: “À l’avenir, on demandera une stratégie de sortie”

25/08/2021, 08:40
c-130 belge

Les États-Unis demandent à leurs alliés de terminer leurs missions d’évacuations pour ce vendredi 27 août, indique la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder.

La Belgique augmentait la cadence, mardi, pour exfiltrer autant de personnes que possible du piège de Kaboul. La ministre de la Défense nous a accordé une interview, mardi après-midi, au moment où des militaires belges s’envolaient vers Islamabad pour renforcer l’effectif de l’opération Red Kite. Alors que Ludivine Dedonder (PS) nous explique ne pas exclure des opérations d’exfiltration hors de l’aéroport, le média public flamand VRT affirmait en soirée qu’environ 250 personnes avaient été exfiltrées en secret dans la nuit de lundi à mardi depuis la capitale vers l’aéroport. Selon la ministre, “nous n’allons pas à l’extérieur, dans le no man’s land, et il n’y a pas d’autres nations qui y vont”. Son entourage se refusait à toute confirmation ou commentaire, mardi soir, sur cette question.

Il y a eu un problème quand on est arrivés, mais ça s’est amélioré depuis. Même si tout est relatif: on est dans une situation extrêmement volatile. À ce jour, on a pu évacuer 1.147 personnes, de différentes nationalités. Nous travaillons sur place avec les pays qui sont comme nous à Islamabad: les Néerlandais et les Danois. Donc quand nous évacuons avec un avion C-130, nous prenons aussi bien des Belges et ayants droit, que des Néerlandais s’ils sont là. D’autres rotations sont prévues mercredi, si c’est autorisé. On en a réservé six, mais si on peut en faire plus on en fera plus. Il faut vraiment se dépêcher parce qu’à un moment ou l’autre les portes vont se fermer.

Le 31, pour le moment, c’est la date fixée par les talibans et donc les Américains. Les Américains devront également évacuer leur matériel et leurs troupes. Ils demandent donc que les autres nations aient terminé avant. Le plus tôt possible.

Nous, comme nation belge, aimerions que cela puisse se prolonger. Nous n’avons pas la main là-dessus.

Ce n’est pas pour la Belgique, c’est pour l’ensemble des nations. On table pour le moment sur le 27 août, mais cela peut changer. L’objectif, quoi qu’il en soit, c’est de sortir ces gens le plus rapidement possible: date ou pas date, on a multiplié les slots dès qu’on a eu les autorisations. On a toujours demandé le maximum. Avec la difficulté d’accès à l’aéroport, où des milliers de personnes attendent. C’est la grande difficulté.

Si j’enlève la première journée, on a toujours eu les slots qu’on avait demandés. On en avait quatre, on passe à six. Globalement, jusqu’ici, l’opération d’évacuation s’est relativement bien passée, dans un contexte difficile. La collaboration sur place avec les autres nations est bonne. La coopération entre militaires et équipes consulaires se passe bien, également.

Ce n’est pas de mon ressort, mais de celui des Affaires étrangères, et il est difficile pour eux de savoir combien il y a encore exactement de Belges qui attendent dans les files, autour de l’aéroport. Nous ramenons tous ceux que l’on peut ramener. J’espère qu’on aura ramené tout le monde.

Aux portes de l’aéroport, on a notre équipe militaire et notre équipe consulaire qui, en fonction de la foule sur place, demandent les papiers, la preuve qu’ils sont bien sur les listes. On a demandé aux gens de se rendre à l’aéroport. Nous n’allons pas à l’extérieur, dans le no man’s land, et il n’y a pas d’autres nations qui y vont.

Il y a eu une opération ou l’autre des États-Unis, de la France. À ce stade, nous n’en bénéficions pas. Aujourd’hui, nous demandons aux gens d’aller à l’aéroport de Kaboul. Mais comme la situation évolue nous étudions toutes les options possibles. Les équipes sur le terrain discutent avec d’autres nations, voient s’il y a des opportunités, voient si c’est réalisable. À ce stade, nous n’avons pas été au niveau militaire dans le no man’s land.

On a profité de vols retour de Bruxelles vers Islamabad pour renforcer notre personnel militaire, on est à plusieurs centaines de personnes. Pourquoi? D’abord parce que la situation est difficile, il y a besoin d’une certaine rotation. Il y a aussi des profils différents, des aides psychologiques notamment. Mais aussi d’autres militaires qui sont là parce que comme la situation évolue très rapidement, nous devons être prêts pour une quelconque intervention. Qui n’est pas planifiée au moment où je vous parle. Il ne faudrait pas que s’il y avait une opération à mener, on n’ait pas les militaires sur place.

Quand vous allez chercher des personnes, vous devez pouvoir les ramener. On n’a pas, nous seuls, assez de moyens pour pouvoir les ramener dans ce contexte. L’analyse qui a été faite par l’état-major pour des opérations de ce type au moment où je vous parle, c’est que les conditions n’étaient pas remplies pour ramener les personnes en sécurité. Ça peut évoluer.

La coopération, dans l’immédiat, se passe très bien. Maintenant, nous le disons depuis de nombreux mois, nous étions demandeurs d’une stratégie de sortie, pour éviter toute précipitation. Cela a été demandé que ce soit dans nos réunions Otan ou dans nos réunions UE. Bien sûr qu’il y a des leçons à retenir.

On a demandé une stratégie de sortie, voilà. Il y a eu un accord sur base de condition entre Trump et les talibans. Puis on se rend compte quand la date arrive que les conditions ne sont pas nécessairement remplies. On se retrouve à plusieurs nations à se poser la question, la Belgique comme l’Allemagne: nous retournons vers nos gouvernements, nos parlements, pour demander la prolongation de la mission en Afghanistan jusqu’à la fin de cette année. C’est ce que j’ai demandé et obtenu. Quelques semaines après, il y a une réunion de l’Otan et on dit: les États-Unis partent… À partir de ce moment, les autres nations ne pouvaient plus rester. C’est un peu difficile évidemment, on aurait préféré cette stratégie de sortie.

Donc les leçons pour l’avenir, on demande quand on va sur un théâtre d’opérations de préparer la stratégie de sortie. Je ne suis pas naïve, ce n’est certainement pas facile. Mais il faut pouvoir aborder la question. Fallait-il rester militairement en Afghanistan ad vitam æternam, c’est une question que l’on peut discuter, mais pour les théâtres d’opérations où nous sommes, ou pour de nouveaux théâtres, il faut pouvoir se dire: quand on a rempli telle et telle obligation, on doit pouvoir s’en aller autrement que de manière précipitée ou en dépendant d’une décision extérieure.

Je l’espère. Depuis mon arrivée, nous plaidons pour renforcer le pilier européen au sein de l’Otan. On a intérêt à investir dans des capacités que l’on peut interchanger avec d’autres nations. Donc oui, je suis extrêmement favorable au renforcement du pilier européen.

Source: L'Echo