Jürgen Conings, un héros de guerre? Plutôt un soldat ordinaire, selon son dossier

13/06/2021, 13:10
Voortvluchtige militair Jurgen Conings
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Jürgen Conings, un sniper hors pair ? Des documents que se sont procurés nos confrères du Morgen tendent à montrer qu’il s’agissait plutôt d’un soldat ordinaire.

Au cours de sa carrière militaire, Jürgen Conings (46 ans) a changé onze fois d’affectation. Pour un volontaire « ordinaire », c’est beaucoup, rapporte De Morgen. Selon leurs informations, Conings a commencé sa carrière comme soldat au Bataillon Liberation. Une unité d’infanterie classique. Après sept ans, il a demandé une « dispense temporaire ». Un an plus tard, en 2000, il a formellement démissionné. Selon plusieurs sources, Conings aurait alors travaillé comme agent de sécurité dans le privé.

 

 

En 2003, Conings est revenu dans l’armée. Il voulait devenir un parachutiste. Son séjour avec le 3 Para de Tielen a toutefois été de courte durée ; après seulement quelques semaines, Conings a mis fin à ses activités. Sa formation para n’avait pas encore commencé. Il est alors retourné dans son précédant bataillon.

En 2005, Conings a changé de carrière : il est devenu opérateur radio. D’abord au Groupe spécialisé CIS, puis dans un poste de l’OTAN à Heidelberg (Allemagne) et enfin à Kleine-Brogel (2010-2017). C’est d’ailleurs sur cette base que se trouvent les armes nucléaires américaines.

Une nouvelle étape a suivi en 2017. Les Conings est allé travailler au sein de la police militaire. Il a d’abord travaillé à Peutie, puis à Leopoldsburg. Suite à un conflit avec son supérieur, il a déménagé en juin 2020 à la Cel Pre-Deployment Training, une unité qui prépare les soldats aux missions à l’étranger. C’est là que Conings a eu accès à l’armurerie.

Alors qu’il était déjà sur le radar de la Sécurité de l’État, le militaire a reçu, ces 5 dernières années, une « bonne » évaluation. L’échelle d’évaluation militaire est constuite ainsi : insuffisante, suffisante, bonne. Dans son dossier personnel de l’armée, on ne trouve d’ailleurs qu’une seule ombre au tableau : quatre jours d’arrestation légère en 2019, après une opinion non autorisée sur les réseaux sociaux. L’armée belge estime que cela « nuit à son image ».

Conings était souvent à l’étranger. Au cours des années 1990, il a effectué trois voyages dans les Balkans. En 2003, immédiatement après son retour dans l’armée, il est parti en Afghanistan. Un pays qu’il a également visité en 2011, 2017 et 2018. Conings est également allé au Liban à deux reprises, en 2014 et 2016, pour protéger les F-16 belges sur place.

La question de savoir si Coning a souffert du syndrome de stress post-traumatique (PTSD) à la suite de ses nombreuses missions à l’étranger reste un point d’interrogation. Son ancien collègue Tomas Boutens, soldat du Bataillon Libération jusqu’à sa condamnation pour terrorisme d’extrême droite, l’a suggéré immédiatement après la disparition de Conings.

Jürgen Conings est en fuite depuis le 17 mai. Jeudi, un sac à dos lui appartenant très probablement et contenant des munitions de chasse, des médicaments et des provisions a été retrouvé près du parc naturel de la Haute Campine, dans le Limbourg. Lui-même est introuvable.

Comment est-ce possible ? Ces dernières semaines, le lien a été régulièrement fait avec le passé de Conings en tant que tireur d’élite : quelqu’un qui peut se cacher dans la nature pendant des semaines ou des mois. Des médias étrangers tels que De Telegraaf l’ont ensuite surnommé « le Rambo belge ». Dans les groupes de soutien en ligne, Conings est considéré comme un héros de guerre.

Sur la base de son dossier militaire, ces affirmations ne sont pas correctes, affirme De Morgen. Concernant son statut de héros de guerre : au cours de sa carrière, Conings a reçu quatorze médailles. Quatre pour l’ancienneté, huit pour la participation à des missions étrangères et deux pour son travail à l’OTAN. En Belgique, contrairement aux États-Unis par exemple, des médailles séparées sont rarement ou jamais décernées pour des actes héroïques.

Conings a bien été tireur d’élite pendant un an et demi (2003-2004) « tireur d’élite » pour le bataillon Libération. Mais il n’était pas « sniper ». Et cela fait une grande différence. La différence entre les deux tient au fait qu’un tireur d’élite est le soldat qui est le meilleur tireur d’une section, un groupe d’armée de dix hommes. Il porte un fusil spécial. Dans le cas de Conings, il s’agissait d’un AI-AW. Conings a bien reçu une formation de tir supplémentaire. Le sniper, lui, est entraîné à survivre dans la nature pendant de longue périodes, à se rendre invisible, à faire de l’exploration et à tuer.

Conings n’était pas un soldat d’élite, affirme donc De Morgen. Il n’a obtenu aucune certification qui le démontrerait. Il ne disposerait que des certifications de base, comme les premiers secours, la réparation de radio et la gestion d’entrepôts.

Source: Le Soir