Cyberattaque contre Belnet : investir dans la cybersécurité est primordial, selon le patron des renseignements militaires

6/05/2021, 09:50
Hacker aan het werk

La cyberattaque contre le réseau Belnet a surpris par son ampleur, y compris le Service Général du Renseignement et de la Sécurité (SGRS). Son patron, le général major Philippe Boucké, se réjouit de la réaction de Belnet mais saisit l’occasion pour insister sur la nécessité d’investir dans la cybersécurité en Belgique.

257.000 adresses IP dans 29 pays

La “cyber-frappe” de mardi était une attaque par déni de service distribué (DDoS), autrement dit une attaque informatique cherchant à rendre un service indisponible. Elle émanait de plusieurs sources qui ont littéralement déferlé sur le réseau Belnet, jusqu’à le saturer et le rendre indisponible à ses utilisateurs.

Selon la société de cybersécurité Secutex chargée d’effectuer une analyse, l’attaque a utilisé 257.000 adresses IP (l’adresse d’un appareil sur le réseau informatique) provenant de 29 pays. Elle visait non seulement Belnet mais aussi Telenet et Proximus qui ont mieux résisté, selon Secutex, parce que leurs réseaux sont plus étendus.

Déstabiliser

L’attaque de Belnet visait à déstabiliser. “On peut comparer ça avec une autoroute saturée : si on continue à envoyer des voitures, à un moment tout est bloqué. L’attaque visait donc à bloquer le système et non à voler des données. C’est aussi une manière de tester les capacités du pays. Et Belnet a bien réagi […] avec son système de veille et sa capacité à réagir.”

Pour le général major à la tête du SGRS, Philippe Boucké, il est très difficile de savoir qui se cache derrière une cyberattaque en général, et celle-ci en particulier : “Tout le monde s’y attelle mais c’est difficile à identifier. C’est bien sûr dans les missions du service général du renseignement et de la sécurité, dans sa partie collecte de renseignements dans le cyberespace. Nous développons des capacités et nous devons continuer à le faire pour essayer d’attribuer les cyberattaques. Mais c’est très compliqué”.

Qui se cache derrière l’attaque ?

Ces attaques informatiques sont le fait d’Etats ou d’individus. “Il y a plein de menace”, poursuit Philippe Boucké. “Il y a des acteurs étatiques comme la Russie ou la Chine. Les Russes pratiquent le cyber-espionnage mais cherchent aussi à influencer. C’est pour ça que nous avons une capacité pour contrer la désinformation au sein du SGRS. Les Chinois, c’est surtout pour faire du cyber-espionnage, de voler les secrets surtout des technologies de pointe, en Belgique et dans les autres pays.” A côté des Etats, des individus sont également derrière certaines cyberattaques, plus ou moins pointues.

Une enquête ouverte

Le parquet fédéral a ouvert une enquête sur la cyberattaque qui a visé Belnet, consécutive à une plainte déposée par la Computer Crime Unit, ce qui signifie que la justice va devoir remonter le fil des 257.000 adresses IP réparties dans 29 pays, parmi lesquels la Russie, la Chine mais aussi les Etats-Unis, le Mozambique, le Bahreïn ou l’Afrique du Sud. Un travail colossal.

79 millions dans le plan de relance pour la cybersécurité

Le plan de relance présenté par la Belgique à la Commission européenne comporte des investissements en matière de cybersécurité, soit un budget de 79 millions d’euros sur les quelque 6 milliards que comporte le plan. Selon le patron des renseignements, ces investissements seront répartis en 4 volets selon un canevas établi par l’OTAN, à savoir la défense, la protection, le renseignement et dans une partie offensive, le Centre pour la Cybersécurité de Belgique (CCB) organisant l’ensemble.

La partie offensive de l’organisation signifie-t-elle que la Belgique lance également des cyberattaques ? “Le SGRS n’attaque pas les autres mais nous développons des capacités cyber-offensives, c’est une des priorités. L’objectif est de faire évoluer la capacité existante au sein du SGRS, des renseignements militaires. D’autres grands pays le font avec plus de moyens. C’est pour ça que nous allons investir plus de moyens. C’est une priorité absolue de la ministre de la Défense.”