Questions à la Une en immersion chez un corps d’élite de l’armée belge : les para-commandos

13.05.2019 0 2429

Les équipes de Questions à la Une ont suivi la formation des para-commandos pendant 9 mois
Laurent Mathieu

Ce mercredi, Questions à la Une vous propose une plongée inédite au cœur d’un corps d’élite de l’armée belge : les para-commandos. Close combat, saut en parachute, premiers tirs avec une arme de guerre… La formation est exigeante, rigoureuse, difficile, et forcera plusieurs candidats à abandonner. Les équipes de Questions à la Une ont pu suivre les 9 mois de cette formation, depuis l’incorporation des candidats jusqu’à la remise des bérets. L’occasion de poser quelques questions au présentateur de l’émission et auteur du reportage, Laurent Mathieu.

Pourquoi avoir voulu suivre la formation des para-commandos ?

J’ai commencé à m’intéresser aux paras parce que c’est un corps d’élite de l’armée qui fascine. Après quelques contacts avec l’armée, on a eu la chance de recevoir l’autorisation de suivre la formation du début jusqu’à la fin. Je trouvais ça extrêmement intéressant de voir comment on transforme des civils en soldats d’élite en à peine neuf mois. Ce sont des gars qui, par après, vont aller risquer leur vie dans des opérations très dangereuses en Afghanistan, au Sahel, ou dans d’autres parties du monde. On a parfois une vision de surhommes quand on pense aux para-commandos et c’était justement intéressant de confronter cette image un peu fantasmée à la réalité du terrain. Finalement, quand ils ont débarqué le premier jour, on s’est rendu compte que c’étaient des gamins de 20 ans normaux, des jeunes comme les autres. Ce qui donnait encore plus envie de voir le processus de transformation qui allait les amener à devenir des paras.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant cette immersion ?

Ce qui nous a le plus marqués, ce sont les abandons. Au départ, ils étaient 20 mais, à l’arrivée, il n’en restait plus que quatre. C’était parfois compliqué parce qu’au début, on a forcément réfléchi de manière journalistique et on a dû faire des choix. C’est impossible de suivre les 20 candidats à la fois, donc on a décidé de choisir ceux qui nous paraissaient les plus à mêmes d’aller au bout. Puisqu’on s’est concentrés sur certains candidats, on a forcément créé des liens avec eux, et avec leurs instructeurs. Sauf que plusieurs qu’on a suivis ont dû arrêter, soit parce qu’ils se sont blessés soit parce qu’ils ont raté des tests. C’était émouvant de voir ces mecs qui rêvent de devenir paras depuis tout petit, qui se sont entraînés à fond pendant des mois et qui doivent abandonner devant les caméras.

Comment avez-vous ressenti l’ambiance ? C’était semblable à ce que vous imaginiez ?

Je retiens deux choses. D’abord, mon impression en tant que civil. En voyant comment ça fonctionne, je me suis dit que je ne pourrais absolument pas vivre à la sauce militaire. Certes, il y a une très bonne ambiance et les gens se parlent avec beaucoup de respect, mais à partir du moment où ils arrivent, tout leur emploi du temps est décidé en fonction des horaires militaires, en fonction des exercices. Ce qui veut dire que tu perds une grande partie de ta liberté. L’ambiance est vraiment bonne, on sent une sorte de fraternité très forte, mais la discipline est extrêmement présente et, personnellement, ça ne me conviendrait pas.

Ensuite, au niveau professionnel, c’était génial. On a pu tout filmer, il n’y avait aucun tabou, on a vraiment fait ce qu’on voulait. Journalistiquement, c’était super de pouvoir accéder à tout ça. Je pense que si la collaboration avec l’armée a été aussi efficace, c’est parce qu’eux voulaient également montrer qu’ils ont besoin d’effectifs. On a clairement pu se rendre compte que l’armée est vieillissante, qu’ils ont besoin de jeunes recrues. Pour moi, ce n’est donc pas un hasard qu’ils nous aient ouvert leurs portes de cette façon : ils ont probablement besoin de montrer qu’on peut trouver du boulot chez eux, et qu’ils ont un besoin drastique de nouvelles recrues. Puisqu’ils avaient eux-mêmes besoin d’une couverture médiatique, la collaboration a été très efficace.

C’est un milieu a priori assez fermé, comment avez-vous réussi à gagner leur confiance ? Ils parlaient ouvertement ou il fallait un peu insister ?

Au début, c’était vraiment difficile de les faire parler. Ils étaient dans une sorte de rivalité, tout le monde se regardait en sachant qu’ils n’iraient pas tous au bout. Les premiers jours, voire les premières semaines, ils portaient tous un masque de confiance. Ils ne se livraient pas facilement parce qu’ils ne voulaient pas montrer leurs craintes, leurs inquiétudes. Après plusieurs mois, ils ont commencé à se lâcher un peu. Moins il restait de candidats, plus ils se livraient. À la fin, c’était vraiment plus facile de discuter avec eux et d’avoir leur ressenti, mais c’était plus dû à la diminution de la rivalité entre eux, je pense.

Vous avez vu une vraie évolution dans chacun d’eux au long du reportage ?

On a vu certains se transformer en effet, mais on en a surtout vu beaucoup qui échouaient puisqu’à la fin il n’en restait plus que quatre. La formation est particulièrement dure et exigeante. Et c’est clair que ceux qui sont allés au bout, on les a vus se transformer mentalement. Ils sont arrivés avec une boucle d’oreille, des cheveux longs, aucun sens de la discipline… Bref, quelqu’un comme vous et moi. Et au final, on avait l’impression qu’ils avaient pris plusieurs années en quelques mois, que ce soit au niveau de leur maturité, de leur discipline personnelle… Et puis surtout, on était très surpris de voir que ce n’étaient pas forcément les grands malabars, les plus costauds, qui allaient au bout. Ce n’est pas qu’une question de physique, ça se joue beaucoup dans la tête.

Retrouvez l’immersion chez les para-commandos ce mercredi soir dès 20h20 sur La Une