La Belgique refuse le rachat des F-35 destinés à la Turquie

31.01.2020 0 1835

Un F-35A de Lockheed Martin
Onbekend

La Défense n’a pas donné suite à une proposition américaine de reprendre des F-35 commandés par la Turquie, qui a été exclue du programme par Washington.

La Défense belge a refusé d’acheter des F-35 commandés par la Turquie et que les Etats-Unis proposent désormais à certains pays alliés, a-t-on appris de sources concordantes.

Ankara, partenaire industriel du programme F-35 depuis le début, s’était engagé à acheter jusqu’à 100 F-35 Lightning II à Lockheed-Martin. Mais en juillet 2019, Washington a bloqué les livraisons des appareils à la Turquie suite à l’achat par ce dernier pays de missiles antiaériens russes. Les Etats-Unis ont estimé que le F-35 ne pouvait coexister avec un système russe qui pourrait percer les technologies, notamment de furtivité, du chasseur-bombardier américain.

Les USA, qui ont dans le même temps exclu la Turquie du programme, ont par après proposé les appareils destinés à Ankara - dont certains étaient déjà payés - aux pays acheteurs du F-35.

Approchée comme d’autres pays, la Belgique, qui a commandé 34 F-35, a d’emblée fait savoir que la proposition américaine ne l’intéressait pas. La Défense a estimé qu’elle n’avait pas les moyens de payer dans les mois et les années qui viennent l’achat de nouveaux appareils, alors qu’elle n’attend ses premiers F-35 qu’à partir de 2023.

Par ailleurs, les infrastructures prévues sur les bases de Florennes et de Kleine-Brogel pour accueillir les F-35 ne sont pas prêtes. Ce qui obligerait la Composante Air à stocker les nouveaux appareils aux Etats-Unis. Dans ces conditions, anticiper l’entrée en service des avions n’aurait plus beaucoup d’intérêt.

Enfin, les F-35 destinés à la Turquie sont une version moins aboutie que celle que doit recevoir dans quatre ans la Belgique. Ce qui nécessiterait une remise à niveau.

Il n’y a donc eu aucune discussion sérieuse, les Américains ne croyant d’ailleurs pas eux-mêmes que la Belgique désire s’engager en ce sens. Aucune offre chiffrée n’a été avancée. En l’absence de gouvernement de plein exercice, il aurait été de toute façon été illusoire qu’un exécutif en affaires courantes puisse prendre la décision d’acheter des F-35 de façon anticipée et modifier le contrat signé fin 2018 avec les Etats-Unis.

Quant à l’idée d’augmenter le total du nombre d’avions commandés pour répondre aux souhaits de l’Otan, elle semble encore moins réaliste. Elle fait partie d’une longue liste de demandes capacitaires que l’Alliance atlantique a émise en 2017 à l’attention de ses membres. "Même si certains gradés aimeraient disposer de davantage de moyens, il n’existe aucune liste à la Défense pour de tels achats supplémentaires, qu’aucun parti politique ne défend" conclut un spécialiste.