A vendre : 25 avions à réaction Alpha-Jet récemment rentrés à la base de Beauvechain

28.01.2020 0 4132

25 avions à réaction Alpha-Jet récemment rentrés à la base de Beauvechain
Défense (Decloedt)

25 avions Alpha-Jet attendent un ou plusieurs acquéreurs à la base militaire de Beauvechain, en Brabant wallon !
Après avoir été transférés dans une base française, en 2004, ces avions d’écolage sont depuis peu, de retour chez nous. La Défense les met en vente. Officiellement, pas de prix affiché. Ils partiront au plus offrant. Ces petits avions à réaction ont permis d’entraîner des centaines d’élèves-pilotes en Belgique et en France. Ils rentrent au bercail et entrent dans l’histoire du pays.

C’est en 1978 que la Défense belge acquiert ses premiers Alpha Jet. A Brustem, dans le Limbourg. Puis à Beauvechain, en Brabant wallon. Au total, 33 avions équiperont la base de Beauvechain jusqu’en 2004. Le Prince Philippe, aujourd’hui Roi, a piloté cet avion. Pendant des années, ce modèle a forgé à Beauvechain de nombreux pilotes qui sortaient de leur apprentissage sur avion à hélice.

En 2004, notamment pour raison budgétaire, la destinée des avions prend un virage vers le sud-ouest de l’hexagone. Un accord entre la Belgique et la France délocalise les 33 appareils vers la base militaire de Cazaux, près de Bordeaux. C’est là que les jeunes pilotes belges et français vont désormais s’entraîner. "Cette base française accueillera les 33 Alpha-Jet de 2004 à fin 2018", explique le colonel Patrick Goossens, responsable de la formation des pilotes militaires belges. "Depuis 2019, à la suite de la fermeture de l’école de la base militaire française, les élèves belges font leur écolage au Texas".

L’écolage à réaction

"C’est un avion très agile, très bien constitué pour la formation", poursuit le colonel. "L’instructeur est bien positionné pour voir ce que fait l’élève. L’appareil est rapide (maximum théorique de 1000 km/h), assez maniable et son pilotage est facile à apprendre. C’est l’idéal pour progresser gentiment, étape par étape".

L’avion permet de passer du Marchetti à hélice (toujours utilisé à Beauvechain), au célèbre YF-16, chasseur à réaction qui lui aussi, arrive bientôt en fin de carrière. "Equipé de deux moteurs, l’Alpha-Jet était aussi plus sûr", souligne le colonel Louis Capelle, responsable de la maintenance à Beauvechain. "Il était pratiquement impossible pour un élève de subir une double panne moteur. Si un des moteurs était victime d’une défaillance ou d’un incident aviaire (par exemple un oiseau aspiré par le moteur), il restait l’autre moteur pour rentrer à la base sans problème".

L’histoire belge et franco-belge de nos Alpha-Jet, soit une quarantaine d’années, n’a connu que trois accidents. Les deux premiers ont malheureusement coûté la vie aux élèves. Le troisième, une collision entre deux avions, a permis aux deux pilotes de s’éjecter. "Ces avions sont très fiables. Mais l’erreur est humaine. Sur la période d’entraînement dans le sud-ouest de la France, nous avons formé 380 pilotes belges et français. Mais pour toute la carrière de l’avion, nous avons entraîné plus de 1500 pilotes", souligne le colonel Capelle.

Joujoux à vendre

Même si la plupart des avions n’ont pas encore atteint le seuil maximal d’heures de vol (10.000 heures garanties), les vieux coucous commençaient à coûter trop cher en termes de maintenance. Malgré une modernisation vers l’an 2000, l’appareil a fini par prendre un coup de vieux. "Ce sont surtout les ailes qui montrent des faiblesses", explique le colonel Capelle. "Les coûts deviennent trop importants. Le personnel de maintenance a vu ses effectifs diminuer. Et la formation a évolué au fil du temps. Sur les 33 avions de départ, quatre ont été détruits à la suite d’accidents, quatre autres ont été préservés notamment comme pièces de musée et les 25 autres sont revenus de France jusqu’ici, à Beauvechain. Ils sont à vendre. Par lots. Avec un simulateur de vols. Et des pièces. Nous avons déjà quelques signes d'intérêt pour l'achat. Mais il n’y a encore rien de concret. Impossible donc de dire à quel prix ils se vendront. Ce sera au plus offrant. Je ne pense pas, personnellement, qu’une armée se portera candidate. Elle se serait déjà manifestée. Par contre, une société privée pourrait les racheter, les faire inspecter, les remettre éventuellement aux normes, et les proposer pour des heures d’entraînement. Un musée pourrait aussi être intéressé par un lot. Mais il est trop tôt pour s’avancer. Seule certitude à ce jour, nos collègues français récupèrent les moteurs. Nous, nous gardons tout le reste. Cela fait partie d’un accord entre nos deux pays".

Un mécanicien français nous l’a confirmé. C’est avec un brin de nostalgie que les techniciens voient les 25 appareils prendre leur retraite. "Mais chez nous, en France, d’autres avions volent encore". Un avion qui rappelle de bons souvenirs aux pilotes. Mais aussi à une certaine Justine Henin. La joueuse de tennis belge a eu l’occasion d’effectuer un vol en Alpha-Jet. C’était lors d’un défilé aérien de la Fête Nationale.